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Sommes-nous tous des requérants d’asile ?


« Chercher l’amitié, la donner, c’est d’abord crier : “Asile ! Asile !” Le reste de nous est sûrement moins bien que ce cri, il est toujours assez tôt pour le montrer. » (Colette)
 
«  Soyez à vous-mêmes votre propre refuge. Soyez à vous-mêmes votre propre lumière » (Bouddha)
 
Depuis quelques mois, comme certainement beaucoup d’autres personnes, je suis touché par le sort des réfugiés, qu’ils viennent de Syrie, d’Erythrée, d’Afghanistan ou d’autres pays comme ceux d’Afrique du Nord.
 
Je suis impressionné par les ressources, psychiques et physiques, que ces personnes trouvent autant autour d’elles qu’en elles pour quitter leur terre, souvent natale, leur patrie, leur maison, leur foyer devenus synonymes d’insécurité, de survie, de violence et de mort.
 
Je suis également en admiration devant l’élan de vie, le courage, la détermination, la persévérance et la confiance qu’il faut à ces adultes, à ces parents, à ces enfants, à ces familles pour rejoindre une terre d’asile dont ils ne connaissent souvent rien ou dont ils n’ont qu’une connaissance très partielle à travers les récits d’autres personnes et ce que les médias décident d’en dévoiler.

Des lieux dans lesquels ils n’ont aucune garantie d’être accueillis, devant anticiper soit un refoulement soit un hébergement « durablement provisoire », parfois à la limite de la salubrité et qui peut prendre la forme de détention – quand elle n’en porte pas carrément le nom, comme en Grèce et en Turquie actuellement.
 

Je suis révolté face à la cécité et à l’égoïsme des pays, qu’ils soient européens ou non, ainsi que face à leur incohérence, qui leur fait jouer tour à tour le rôle de sauveur puis de bourreau. Je suis saisi par l’incapacité de ces mêmes pays de trouver des solutions et de prendre des décisions humainement valables en négociant pour se mettre d’accord sur des objectifs minimaux.
 

Et, pourtant, une part de moi comprend ces réactions. Pour être très honnête, je suis moi-même obligé d’admettre que, à la question « Comment réagirais-tu si on te demandait d’héberger une famille syrienne ou un couple afghan ? », je me sens terriblement emprunté et partagé. Il y a la peur de devoir négocier mon territoire, mon chez moi avec des personnes n’ayant pas forcément les mêmes valeurs, indépendamment de leur lieu d’origine ou de leur religion et, donc, de perdre certains acquis, certains repères ainsi que mon confort.
 
D’autre part, je suis habité par un sentiment de culpabilité et d’impuissance devant ces destinées qui me renvoient à ma condition humaine, à ma propre vulnérabilité ainsi qu’à mes errances, symboliques et intérieures.
 
Je ne peux en effet m’empêcher de penser que nous sommes tous des requérants d’asile et cela pour au moins deux raisons :
 
En premier lieu, nous devons admettre que nous sommes souvent des descendants, de près ou de loin, de personnes qui ont quitté leur terre natale pour chercher leur bonheur ailleurs. Si ma femme et moi-même avons vus le jour, c’est parce que nous sommes les enfants de parents venus d’Italie et d’Allemagne. Si la Suisse peut se targuer d’avoir un taux de natalité positif, ce n’est certainement pas grâce aux Suisses « de souche » (s'il y en a), mais bien en lien au phénomène de l’immigration.
 
Sans oublier que l’Europe ne serait pas ce magnifique creuset de cultures, de langues, de mentalités et de valeurs qu’elle représente aujourd’hui sans les vagues successives de personnes voir de peuples cherchant sur nos terres nourriture, emploi et sécurité matérielle, psychique et physique.
 
Toute proportion gardée, nous pourrions même faire un parallèle entre les flux migratoires actuels et ce que nos manuels scolaires ont appelé ou appellent toujours de manière abusive les « invasions barbares » qui ont marqué la fin de l’Antiquité et le début du Moyen-Âge : il y a certes eu des violences et des affrontements, mais, dans la réalité, le phénomène, qui s’est déroulé sur plusieurs centaines d’années, a pris la forme d’une intégration progressive des nouvelles populations au peuples présents. En raccourci, nous sommes des descendants des Gallo-Romains, des Burgondes, Alamans ou Wisigoths : tous des « requérants d’asile » cherchant une terre d’accueil et des perspectives d’une vie meilleure.
 

Puis, d'un point de vue non plus historique mais plutôt psychologique voire spirituel, il me semble que l’arrivée d’un grand nombre de réfugiés nous fait également peur car ce phénomène nous renvoie à une réalité que nous avons de la peine à admettre, quand nous ne la nions pas : chacun d’entre nous est la recherche, consciemment ou pas, d’une terre d’asile intérieure.
 


Dans un monde que Christophe André, psychiatre et thérapeute français, qualifie de « psychotoxique », les violences ne sont pas absentes de notre quotidien et je ne parle pas prioritairement des récents attentats de Paris ou de Bruxelles.

Même si la sécurité matérielle de la grande majorité d’entre nous est assurée, nous sommes tous soumis à des contraintes et à des injonctions dont certaines mettent en péril notre équilibre personnel et notre sécurité intérieure. Médias, publicité, politiciens, dirigeants, enseignants et même coachs ou thérapeutes : chacun de nous est susceptible de véhiculer des messages porteurs de violences, symboliques certes, mais aux effets bien visibles.
 
De mon expérience d’entraîneur, d’enseignant, de formateur, de coach, de père et d’être humain et de citoyen, les violences les plus présentes et insidieuses sont celles qui ont un impact sur l’estime de soi des personnes.

Si on en croit Christophe André, notre estime de nous-mêmes repose sur trois piliers : le premier, fondamental, est celui de la bienveillance vis-à-vis de soi qui résulte d’un amour inconditionnel et indépendant des résultats ; la vision de soi consiste ensuite en la capacité de s’observer de la manière la plus objective possible, en accueillant ses points forts, ses limites et ses doutes ; la confiance en soi représente pour terminer la partie visible du triangle, puisqu’elle repose sur la capacité de poser des actes, même petits et modestes, et donc de faire un pas après l’autre. Ces trois piliers étant interdépendants, le fait de travailler sur l’un d’entre eux permet aux deux autres de s’améliorer.  
 
Or, notre société véhicule un certain nombre de valeurs qui sont tout autant de freins et d’obstacles à la construction d’une bonne estime de soi : la performance – qui nous fait dire que nous ne serons jamais assez bons, assez rapides, assez performants, toujours en décalage, en retard ou en avance, éternellement insatisfaisants donc insatisfaits – , l’apparence – qui nous rend esclaves de ce que nous pensons que les autres pensent de nous, de l’illusion que nous nous faisons de nous-mêmes et de celle que nous donnons à voir aux autres – et l’abondance – ou la sur-abondance de biens et d’informations, appelée aussi « infobésité », qui nous fait croire que nous ne pourrons jamais être heureux si nous ne possédons pas au moins tel bien ou un autre, si nous n’avions pas étudié ceci ou cela ou si nous n’avons jamais visité tel endroit ou un autre.
 
La plus perverse des violences n’est pourtant pas celle exercée par la société, que cela soit dans les contextes professionnels, familiaux, institutionnels, scolaires ou autres : l’enfer n’est, à mon humble avis, pas à chercher à l’extérieur de soi mais bien au fond de nous-mêmes.

Les pressions, contraintes et autres incitations plus ou moins explicites auraient ainsi un effet nettement moins impressionnant si nous n’étions pas partie prenante en intériorisant ces violences et en leur offrant un terrain fertile.
 
Si je m’appuie sur mon vécu, je dois accepter avec humilité que, si j’ai eu ou si j’ai encore aujourd’hui l’impression d’être malmené, c’est parce que les éléments extérieurs ne font souvent que déclencher, mettre en mouvement ou accélérer des processus bien présents chez et en moi.
 
Ainsi, je me surprends ces derniers temps à me dire que je n’ai plus beaucoup de temps pour moi alors que rien ni personne ne m’empêche d’en demander et d’en prendre, si ce n’est ma propre culpabilité et ma peur d’écorner l’image que je me fais de moi ou celle que je pense que les autres se font de moi.

La gestion du temps est par conséquent un faux problème : les vraies questions seraient plutôt « À quoi est-ce que je n’arrive pas à dire « oui » chez moi ? Quels sont les besoins que je ne veux pas entendre chez moi ? Qu’est-ce qui fait chez moi que j’ai peur d’affirmer mes besoins et de les couvrir ? ».
 
Notre éducation, que cela soit à travers les propos ou les actes des autres, nous a transmis un certain nombre de messages contraignants  – Sois fort ! Fais un effort ! Fais plaisir ! Dépêche-toi ! Sois parfait ! – qui, s’ils ont contribué à la construction de notre identité, nous ont aussi appris à faire taire une part de nous essentielle : nos émotions, nos besoins, nos désirs, nos envies. Si, pour s’accommoder aux exigences de la société, l’individu se doit de traverser un processus dit de « socialisation », omniprésent dans les écoles, ou, plus tard, d’ « accommodation », la nécessaire différenciation entre un individu et un autre au niveau de leur identité interne passe souvent au second plan.
 
Nous avons donc souvent appris à nous conformer aux besoins et aux attentes des autres plutôt que de, aussi, écouter ce qui est important pour nous et pour notre équilibre personnel. Mais, direz-vous, comment savoir ce qui est bon pour nous si nous n’avons jamais appris à l’identifier et, à plus forte raison, à l’exprimer ni à le faire valoir ?
 
C’est là que notre « terre d’asile intérieure » joue un rôle primordial : c’est à mon avis dans notre intériorité, dans notre « lieu refuge », notre « chez moi » que nous pouvons trouver les réponses à nos questions et trouver le courage d’exprimer nos convictions sans que celles-ci soient de pâles copies de principes éducatifs, de slogans publicitaires, de lieux communs, de stéréotypes, de messages creux et d’une langue de bois qui ne nous correspondent pas ou plus.
 
Mais comment trouver ce « chez soi » (ou, si on suit Jung, le « chez Soi »), cette vie intérieure qui est à la fois ce qui nous caractérise le plus et la dimension qui nous appartient le moins puisque c’est elle qui nous relie essentiellement et de manière invisible aux autres, au Réel et à l’Univers ?
 
Je n’ai pas la prétention de répondre à cette question de manière définitive ou exhaustive : je me considère comme un pèlerin qui, à travers la contemplation, la méditation, l’écriture, le contact avec la nature et le compagnonnage le plus complice possible avec son corps, son souffle et la mort tente de se donner de la douceur et de rester autant que faire se peut en lien avec sa terre d’asile intérieure. Un marcheur à qui la vie fait vite comprendre que le chemin emprunté n’est pas le bon s'il s'en éloigne.
 
Ainsi, à chaque fois que mes pas, plus au service de mon ego et de mon mental que de mon être profond, m’attirent à l’extérieur de moi pour couvrir des désirs comme celui de tout contrôler ou celui d’être reconnu par les autres, la vie m’invite à me « recentrer », à revenir en mon centre. Pour éviter le véritable exil : celui de moi-même. Car cet exil mène aux pires des enfers : l’ « enfer-mement », à l’opposé de la liberté intérieure, de cette « amitié asile » dont parle Colette dans la citation en exergue et pour laquelle nous sommes toutes et tous en droit d’être des « requérants ».
 
Accueillir les personnes qui cherchent refuge et asile chez nous équivaudrait donc, en plus de réfléchir à la capacité d’intégration de ces nouveaux arrivants dans nos tissus sociaux et professionnels, de méditer sur la nécessité de nous intégrer nous-mêmes, d’accepter notre propre condition d’être en recherche de lieux refuge et de terre d’asile intérieurs en soi : notre société a beaucoup à offrir aux migrants à condition d’accepter que leur présence nous renvoie à notre humanité, à nos forces et à nos faiblesses, et, donc, à la nécessité d'accueillir le "requérant d'asile" en nous.
 
Nous ne sommes pas détenteurs de la vérité et les migrants non plus : seule une acceptation des convictions et des besoins des uns et des autres permettra, par un effort de négociation constant, de créer un monde différent. Et le nôtre en a réellement besoin : n’oublions pas que le mot « crise », employé en parlant de la « crise migratoire » est synonyme d’ « opportunité » pour les Chinois et de « décision » pour les Anciens Grecs – l’arrivée de ces personnes en détresse est donc une chance pour nous et pour notre civilisation dans une période de transition à tout point de vue.


Dépôt d'une pétition à l'ONU en faveur d'une solution globale pour les réfugiés, lancée par Avaaz, mouvement citoyen mondial en ligne.
 
Références : C. André, Imparfaits, libres et heureux. Pratiques de l’estime de soi. Paris : Odile Jacob, 2009. Lire aussi du même auteur, co-écrit avec François Lelord, L’estime de soi. S’aimer pour mieux vivre avec les autres. Paris : Odile Jacob, 2008.

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