Mackoaching -   Être en chemin
RSS

Articles récents

Être seul….vraiment ?
Être dans le contrôle…et le perdre.
1 + 1 = 3 ?
Être enthousiaste : jusqu’où aller trop loin ?
Être acteur ou auteur de sa vie ?

Catégories

Cheminer
Être
Fondements du coaching
fourni par

Mon blog

Être excellent : quelle défintion pour quelle philosophie de vie ?


« L’excellence, dans quelque domaine que ce soit, exige qu’on s’y consacre entièrement » (Monique Corriveau)
 
« La perfection. L’atteindre, c’est enfin connaître l’excellence par l’impuissance. » (Paul Valéry)
 
 
Dimanche 31 janvier 2016, Benoît Violier, chef de renommée mondiale de l’Hôtel de Ville de Crissier, met fin à ses jours. La gastronomie perd un (voir le meilleur) de ses plus illustres représentants, sa femme et son fils perdent un mari et un père et tous ceux qui l’appréciaient perdent un ami.
 
Je n’ai pas connu personnellement le chef étoilé franco-suisse. À l’occasion du repas-anniversaire des 50 ans de mariage de mes parents en novembre 2012, j’ai eu l’occasion de le côtoyer quelques minutes, sauf erreur entre le fromage et le dessert, pour une visite commentée de ses cuisines en présence de toute ma famille et de quelques uns de ses collaborateurs.

 
Tout ce que je peux dire de lui, c’est que c’était une personne disponible, humble et fière de sa cuisine ainsi que de ses "guerriers", nom qu'il donnait aux membres de sa brigade en cuisine.

Pour n’avoir eu la chance de déguster qu’une seule fois les plats concoctés par le chef et sa brigade, j’ai envie de dire que chacune de ses créations était une célébration des sens tant au niveau des yeux, du goût que de l’odorat : des tableaux invitant à la contemplation, au silence, à la lenteur, à l’introspection et dans lesquels la complexité des saveurs et des couleurs mettaient en évidence la qualité des produits. Tout était équilibre et harmonie, à la fois simple et recherché.
 
Sa mort brutale, violente et inattendue m’a profondément touché : j’ai d’abord ressenti une profonde tristesse puis, dans le courant des jours qui ont suivi, une très forte colère. Comment expliquer cette réaction alors que je ne le connaissais pas du tout et que je ne l’avais côtoyé que quelques instants furtifs, entourés d’autres personnes, sans contact privilégié donc ?
 
Probablement parce que je me suis reconnu dans ce destin, dans cette chute vertigineuse des sommets de sa profession aux tréfonds de l’âme. Je m’en voudrais d’ajouter une énième hypothèse à toutes celles qui ont déjà été avancées après sa mort par toutes sortes de personnes plus autorisées que moi, car plus proches. La seule personne qui pourrait expliquer les raisons de cette décision sans retour n’est plus là pour en parler : Benoît Violier lui-même. Par respect pour lui et pour les personnes proches du défunt, je ne vais pas m’aventurer à analyser sa disparition et à m’octroyer le titre d’expert.
 
Je vais donc me limiter à essayer de comprendre pourquoi la nouvelle du suicide du chef étoilé m’a tant touché. Et j’aimerais pour cela m’aider d’une rencontre, en l’occurrence celle d’un livre.
 
Le lundi 1 février, soit le lendemain de l’événement, je me baladais sans aucun but en vieille ville de Vevey en attendant de retrouver une amie pour un dîner commun, lorsque je suis tombé « par hasard » sur la vitrine d’une grande librairie de Suisse Romande. Une affiche a tout de suite attiré mon attention : « Le livre de ma vie : les coups de cœur littéraires de 30 personnalités romandes ».

Au milieu des photographies de ces figures marquantes et des couvertures des ouvrages associés, le visage de Benoît Violier me sourit. Sans réfléchir, j’entre dans la dite librairie, me procure le livre et ressort.
 
Son titre ? « Le pape des escargots », un roman écrit en 1972 par Henri Vincenot. Le récit de l’auteur et artiste bourguignon parle de la relation entre, d’une part, La Gazette, appelé également le « pape des escargots », un des derniers druides de Bourgogne, et, d’autre part, Gilbert, un jeune paysan solitaire et sauvage, exceptionnellement doué pour la sculpture.
 
La Gazette, en véritable père spirituel, tente de protéger le jeune prodige des vices du monde moderne : séduction, ambition personnelle, réussite sociale et artificielle. Gilbert, après avoir été tenté par la « réussite » à Paris, sous la houlette de mécènes aussi faussement philanthropes qu’intéressés par les bénéfices potentiels à retirer des dons de leur protégé, préfère revenir dans sa ferme pour sculpter des figures religieuses dans le bois ou à faire revivre des sculptures sur les chantiers de restauration d’églises du 11 et 12 siècle. Plutôt que de perdre son énergie à réaliser des œuvres « conceptuelles », à « l’abstraction modélisée » ou « aux contours métaphoriques », il préfère se « con-sacrer » à ce qui est essentiel pour lui : mettre sa vie au service de sa nature profonde et de son don, en toute simplicité et humilité.  
 
Pour l’avoir lu, ce livre est une ode à l’authenticité, à la nature, à la beauté originelle, à un paradis perdu qui, en l’occurrence, se situerait en Bourgogne et, idéalement, en plein milieu du Moyen-Âge. C’est également un traité de spiritualité avec une pointe d’ésotérisme : la Gazette est un chamane, sensible aux énergies de la terre, du ciel, des cours d’eau et des plantes.


Le « pape des escargots » - une allusion certes à une spécialité culinaire de cette région de la France mais également un hommage à la lenteur et au "spiritus mundi", "la giration du monde", "l'enroulement de tout"  – se veut le garant des traditions séculaires pour lesquelles le respect de la terre, de la nature et du lien entre le monde et tous les êtres vivants représentent l’essentiel du message.
 
Lorsqu’un des mécènes de Gilbert s’émeut du don de son futur protégé et se renseigne de la manière dont le jeune paysan a appris son art, la Gazette lui rétorque en ricanant que ces dons « vous possèdent depuis le commencement du monde ! Il suffit d’avoir la simplicité de bien vouloir se laisser faire….Le talent, monsieur, c’est l’obéissance, l’acceptation. Notre Gilbert est celui qui a accepté d’être l’interprète, en toute humilité… ».

Dans sa vision du monde, chaque être est au service d’une dimension qui le dépasse, universelle, sacrée et mystérieuse. Le « pape des escargots » est un mystique des temps modernes et voit en Gilbert, habité et utilisé par cette force et cette énergie cosmique, celui qui pourra reprendre le flambeau une fois sa tâche ici-bas terminée. À la condition toutefois que le jeune sculpteur ne cède pas aux sirènes du monde et ne gâche pas ses dons sacrés au profit d’un ego avide de reconnaissance.
 
La fable de Vincenot m’a beaucoup parlé, car elle problématise une notion que je peux à la fois mettre en lien avec mon parcours de vie et avec la mort du chef étoilé : l’excellence.  
 
Étymologiquement, le mot « excellence » vient du latin « cello », un verbe dérivé lui-même du nom « cella » qui veut dire « grenier », « cellier », « garde manger » ou « salle », « local » et dont un des dérivés français est le mot « cellule », que cela soit celle du moine ou celle du prisonnier.
 
En y regardant de plus près, l’origine du mot « cella », qu’elle soit de source indo-européenne, grecque, latine ou gotique, débouche sur une compréhension du mot qui est bien différente de celle retenue habituellement : relève de l’excellence quelque chose ou quelqu’un qui se dévoile, qui sort du « grenier », de la « cave », de la « réserve », qui sort de l’ombre pour se mettre à la lumière.
 
Si l’on en croit l’étymologie du mot, « l’excellence » serait la capacité de montrer ce que l’on cache, de dévoiler ce que l’on couvre, de mettre en lumière ce qui se tapit dans l’ombre. Et la perfection, synonyme de prédilection de l’excellence, qualifierait donc l’état dans lequel tout ce qui est invisible deviendrait visible, tout ce qui ce qui serait en-dedans pourrait s’exprimer en-dehors.
 
Pour reprendre les citations en exergue de ce texte, « être excellent » voudrait dire que ce qui est « con-sacré » en nous puisse se réaliser à travers nos actes et nos gestes, « dans quelque domaine que ce soit ». Et que la perfection ne serait autre que l’excellence dans l’impuissance, c’est-à-dire sans recherche de pouvoir, de volonté, de maîtrise et de contrôle.
 
Dans cette compréhension, être excellent, c’est peut-être tout simplement être disponible à ce qui se cache en nous, c’est accepter nos ombres et nos lumières et les vivre sans fards, c’est viser la perfection sans s’y cramponner, sans volontarisme, sans crispation et en toute humilité.  C’est aussi donner au monde ce que nous avons de plus profond, de plus caché, sans volonté de puissance.
 
Cette définition ne correspond cependant pas à celle que nous offrent la culture et la société actuelles pour lesquelles les mots d’ « excellence » et de « perfection » sont synonymes de « performance », de « résultats », d’ « efficacité », de « compétition », de « comparaison », de « classements », de « prestige », de « réussite », de « meilleur que les autres ».
 
Derrière cette représentation se cache une logique tournée vers l’extérieur, vers l’image que l’on veut montrer et se fabriquer pour sortir du lot, pour recevoir les louanges, la reconnaissance des autres, pour s’attirer le regard, pour « séduire » au sens propre du terme, c’est-à-dire « conduire à soi » (« se-ducere » en latin), pour alimenter son ego narcissique qui aime voire le reflet de sa propre réussite et de image, de son illusion dans les yeux des autres.
 
Dans cette perspective, ce qui qualifie le fait d’être excellent et d’être parfait relève donc prioritairement de critères définit par l’extérieur, par les contextes dans lesquels agissent les acteurs auxquels on attribue ces qualités. Si je fais le lien avec mon vécu, être excellent et être parfait c’était principalement m’adapter aux attentes, réelles ou fantasmées, des autres, à leur manière de voir mes rôles, mes compétences et ce que je devais réaliser pour les atteindre – diplômes, certifications, publications, congrès...
 
Je ne savais pas alors que « être excellent » et « être parfait » mettent principalement en avant la capacité d’être présent à soi-même, à ses forces et à ses faiblesses, d’ « être » plutôt que de « par-être », d’accepter son unicité, ses besoins et ses valeurs et de les exprimer dans tous ses gestes et ses paroles, en toute cohérence. Quitte à ne pas paraître « excellent » et « parfait » aux yeux des autres, puisqu’il ne s’agit pas de rentrer dans des catégories aux critères prédéfinis et normatifs, mais bien d’oser être qui l’on est, sans fard, sans masque.
 
C’est là le principal message du livre de Henri Vincenot, le « Livre de ma vie » de Benoît Violier : respecte ce qui de plus profond en toi, ce que la vie t’a donné et dévoile-le en toute simplicité et en toute humilité tout en respectant la vie, la nature, les autres et en évitant à tout prix de tomber dans le piège de l’ambition humaine.


Car, l’Enfer ce ne sont pas les autres : l’enfer (en anglais : the hell, dérivé du mot « cella » dont il est question plus haut dans cet article) est en nous et il se cache parfois derrière notre volonté de briller, d’être aimé pour ce que nous ne sommes pas et ne voulons pas forcément montrer.
 
En ce qui me concerne, mon burn-out m’a permis de prendre conscience de mon enfer et de mon paradis, de mes ombres et de mes lumières et de les accepter au mieux. Dans le but d’offrir à la vie et aux autres le meilleur de moi-même sans attente de résultats, d’efficacité sans attendre de reconnaissance, de récompenses ni de prestige ou de mérites.
 
Pour ce qui est de Benoît Violier, il se peut que le fait de mettre fin à ses jours ait été le dernier recours pour retrouver le chemin vers son « cellier », son « grenier », sa « cellule » intérieure, vers son « excellence » et sa « perfection » intimes, lui qui se préparait, le jour même de son départ vers un ailleurs espérons-le meilleur,  à recevoir la distinction suprême de meilleur cuisinier du monde. Ou quand l’excellence et la perfection se retournent contre elles-mêmes.
 



Je ne peux donc que vous encourager à être « excellents », à viser la « perfection » (que de toute façon nous n’atteindrons pas, disait Dali) en étant relié en toute cohérence et humilité à ce qu’il y a de plus profond en vous, de plus caché parfois, pour cheminer au plus près de vos valeurs et de vos besoins.

Pour prioritairement vous définir par rapport à vous-même et aussi pour éviter de vous laisser définir par les autres. Pour ne pas risquer, un jour ou l’autre, la désillusion, la déception de constater que le personnage factice que vous vous étiez construit a oublié de nourrir une part importante et essentielle de soi : celle qui à la fois nous appartient le plus…et le moins.
 
PS Les photographies utilisées pour l'illustration de cet article ont été prises par mon fils Félix le 22 novembre 2012 à l'occasion du 50ème anniversaire de mariage de mes parents que je remercie du fond du coeur de nous avoir permis de vivre ce "long moment de grâce et de lumière", cette "communion hors du temps"...et pour tout le reste ;-)
 

20 commentaires pour Être excellent : quelle défintion pour quelle philosophie de vie ? :

Commentaires RSS
help with essay on Mittwoch, 25. Oktober 2017 07:03
The Chiavari seat is the most mainstream and most rich dance floor seat in the present market. Chiavari seats give a touch of polish. It is exceptionally awesome for weddings, corporate occasions, rich gatherings, commemorations, birthday gatherings thus substantially more!
Répondre au commentaire


Gilliland on Montag, 11. Juni 2018 18:05
Glad to be one oof several visitors on this awesome website :D.
Répondre au commentaire


Wedel on Montag, 11. Juni 2018 18:31
I am aways looking online ffor artijcles that can brnefit me. Thanks!
Répondre au commentaire


Baylee on Montag, 11. Juni 2018 18:41
Inspiring quest there. What occurred after? Thanks!
Répondre au commentaire


Cantara on Montag, 11. Juni 2018 19:43
For the reason that the amin oof this web site is working, nno question vvery shortly iit will be well-known, due to its quality contents.
Répondre au commentaire


Curran on Montag, 11. Juni 2018 19:47
I juwt wanted to jot down a remark in order to exprress gratitude tto you for all the marvelous strategies you are writing on this site. My time intensive internet investigation has now been honored with sensible know-how to share with my visitors. I 'd express that most of us readers actually are undeniably endowed to dwell in a remarkable community with very many marvellous professionals with helpful concepts. I feel pretty privileged to have come across your website page and look forward to some more excellent times reading here. Thank you again for a lot of things.
Répondre au commentaire


Bigge on Montag, 11. Juni 2018 19:48
I got what you intend,saved too my bookmarks, very decent internet site.
Répondre au commentaire


Baggett on Montag, 11. Juni 2018 19:52
What a data of un-ambiguity and preserveness of precious knowledge regarding unpredicted emotions.
Répondre au commentaire


Goulburn on Montag, 11. Juni 2018 19:54
Glad to be one of several visitors on this awing website :D.
Répondre au commentaire


Fielding on Montag, 11. Juni 2018 20:12
I reckon something truly interesting about youjr site so I saved to favorites.
Répondre au commentaire


Schumacher on Montag, 11. Juni 2018 20:37
What i don't understood is in reality how you are not actually a lot more smartly-preferred than you might be right now. You're so intelligent. You already know thus considerably relating tto this subject, produced me in my view consider it from so many various angles. Its like men and women aren't fascinated ezcept it's onne thing too do with Wman gaga! Your own stuffs excellent. Alll the time maintain it up!
Répondre au commentaire


McLeay on Montag, 11. Juni 2018 20:41
Have you ever thought about creating an e-book or guest authoring on other sites? I have a blog based upon on the same tppics you discuss and would really like to have you share some stories/information. I know my viewers would enmoy your work. If you're even remotely interested, feel free too shoot me an e mail.
Répondre au commentaire


Mcfadden on Montag, 11. Juni 2018 20:42
Some truly interesting points you have written.Aided me a lot, just what I was searching for : D.
Répondre au commentaire


Mcelroy on Montag, 11. Juni 2018 20:43
What i do not realize is in truth how you're no longer really much more neatly-appreciated than you may be now.You are sso intelligent. You recognize thus considerabbly in the ccase of this matter, made mme individually consider it from a lot of numerous angles. Itts like women aand men aren't fascinated until it's oone thig to accomplish with Lady gaga! Your individual stuffs outstanding. At all times care for it up!
Répondre au commentaire


Toomer on Montag, 11. Juni 2018 21:00
Ireally wanbted to compose a small comment to be able to say thanks to yyou ffor all of the stunning strategies you are giving on this site. My long internet research has finally been compensated with brilliant know-how to goo over with my great friends. I 'd say that most of us visitors are undoubtedly endowed to be in a perfect site with many wonderful individuals with good plans. I feel very much happy to have used the website page and look forward to tons of more awesome moments reading here. Thanks again for everything.
Répondre au commentaire


Hoare on Montag, 11. Juni 2018 21:14
I'm really impressed with your writing skjills as well as with tthe layouut on your blog. Is this a paid theme or did you modify it yourself? Anyway keep up the excellent quality writing, it is rare to see a nice blog like this oone these days.
Répondre au commentaire


Balser on Montag, 11. Juni 2018 22:14
If some one wants tto be updated with latest tedhnologies afterward he must be pay a quick visit this web ste and be up to date every day.
Répondre au commentaire


Hipple on Dienstag, 12. Juni 2018 23:35
I haven't checked in here for some time as I thought it was getting boring, butt the last several posts are good quality so I guess I will add you back to my everyday bloglist. You deserve it fiend :)
Répondre au commentaire


Être excellent : quelle défintion pour quelle philosophie de vie ? on Sonntag, 17. Juni 2018 20:41
My brother recommended I may like this blog. He was totally right. This put up truly made my day. You cann't consider just how much time I had spent for this information! Thanks!
Répondre au commentaire


Être excellent : quelle défintion pour quelle philosophie de vie ? on Montag, 18. Juni 2018 00:31
Why visitors still use to read news papers when in this technological world the whole thing is presented on net?
Répondre au commentaire

Ajouter un commentaire

Votre nom :
Adresse email : (obligatoire)
Site web:
Commentaire :
Vous pouvez modifier votre texte : agrandi, gras, italique, etc. avec les codes HTML. Voici comment faire..
Post Comment