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S'étoiler : être auteur ou acteur de sa vie ?



 « Il faut encore avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse » (Nietzsche)
 
« Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir » (Christian Bobin)
 
 
Après avoir goûté aux joies de l’art choral pendant près de 6 ans, je me suis décidé, depuis le mois de septembre 2015, de m’initier au dessin et à la peinture dans le cadre des activités d’Aubonn’Art (plus sur http://aubonn-art.ch/). Accompagné par des enseignantes à la fois expérimentées et faisant preuve d’un grand sens pédagogique, j’ai progressivement pris confiance en mes capacités d’artiste en herbe.
 
Lorsqu’en octobre, Sophie Costantini, responsable des cours, a proposé aux participant-e-s de peindre une toile pour l’exposer dans le cadre d’une exposition prévue pour le mois de décembre, j’ai d’abord ressenti de la peur et de la résistance en moi : parmi mes démons, certes conscientisés mais toujours bien présents, celui du « fais le maximum pour briller » m’a tout de suite mis la pression.
 
Rassuré par l’idée que je pouvais très bien ne pas exposer mon œuvre si je ne « me la sentais pas », je me suis retrouvé devant mon cadre, blanc et immaculé, sans aucune idée ni de ce à quoi le produit fini pourrait bien ressembler et encore moins du comment j’allais m’y prendre.
 
J’ai alors procédé comme je le fais souvent lorsque « rien ne vient » ou en cas de doute : j’ai fermé les yeux, me suis installé quelques minutes dans une posture méditative et, sondant mon intériorité, me suis rendu disponible à ce qui allait émerger. Après quelques « flashs » peu concluants, une image m’est apparue, très nette : une ronde d’étoiles surgissant du fond de la nuit en suivant une trajectoire en spirale, le tout allant du plus petit et sombre au plus grand et lumineux. Après quelques séances où j’ai été initié à l’utilisation de l’acrylique et de la craie sèche, ce qui s’offrait à mes yeux était assez proche de ma vision initiale :

 
Après cette intuition, mon esprit s’est mobilisé pour interroger la signification de ce tableau. J’ai très rapidement fait le lien avec la citation de Nietzsche qui figure en exergue. Dans une de ses œuvres les plus connues, Ainsi parlait Zarathoustra, le philosophe allemand propose un modèle d’être humain, le « Surhomme », capable de « jeter la flèche du désir », de faire « vibrer les cordes de son arc » et d’ « enfanter une étoile qui danse ». Nietzsche oppose à ce modèle celui, passif et nihiliste, du « Dernier homme », un être humain qui ne désirera plus rien d’autre que le bien-être et la sécurité, et se réjouira de son absence d'ambition.

Même si je n’adhère par entièrement à la proposition du « Surhomme » du philosophe allemand, notamment dans l’affirmation de la « Volonté de puissance » dont l’Histoire a pu constater les dérives totalitaristes dans le pays d’origine de l’auteur, je ne peux que souscrire à la question que pose ce paradigme : celle de la finalité de l’homme et de sa capacité de se créer un avenir.

Cette interrogation représente en effet le fil rouge non seulement de mon parcours de vie mais également de celui des personnes que j’accompagne : quel sens est-ce je veux donner à ma vie ? qu’est-ce qui m’aide à définir à la fois la direction et la signification du chemin sur lequel je me trouve et qui me reste à parcourir ? quelle est ma marge de manœuvre et de créativité dans l’élaboration de ce tracé ? Sur quoi ai-je un pouvoir d’action et qu’est-ce qui m’échappe ?


L’image de l’« étoile » qu’utilise Nietzsche est un classique de la littérature dans le vaste champ du développement personnel. Je me limiterais ici à deux références qui me paraissent utiles, à la fois en tant que personne et comme accompagnant.

La premier point de repère est en lien à un titre de paragraphe du livre de Thomas D’Ansembourg, Cessez d’être gentils, soyez vrais ! (Montréal, les Editions de l’Homme, 2001) : « Mieux vaut s’étoiler que s’étioler ». L’auteur français, chantre de la communication non violente, se base sur le constat que « nous n'avons pas appris à être aimés comme nous sommes mais à être aimés comme les autres voudraient que nous soyons » (p. 172) pour souligner l’importance de reconnaître et de faire reconnaître ce qui permet de nous « étoiler », c’est-à-dire nos émotions et les besoins qui y sont liés.

La deuxième référence s’appuie sur le livre de François Delivré, Questions de temps (Paris : InterÉditions, 2013) dans lequel le coach français souligne l’importance, dans la mise en œuvre de nos projets personnels, de définir nos finalités profondes, nos « étoiles », afin de garder le cap en toute cohérence sur notre route. Ces « étoiles » se situent pour l’auteur à quatre niveaux : celui de la survie, de la vie agréable, de l’accomplissement de soi et du dépassement de soi.

Pour ces deux derniers points, Delivré propose deux voies possibles en ce qui concerne la gestion du temps : celle de la construction de soi – atteindre ses objectifs, savoir qui l’on veut être et le devenir – et celle qui consiste à se laisser porter par le temps et faire confiance à la vie. Ainsi, « autant la première voie se vit dans le volontarisme, la réussite des projets, la patiente construction de soi-même, autant la seconde se vit dans l’abandon, le discernement intérieur, le « lâcher-prise » au niveau du temps. La première voie est d’ordre humain, la seconde est d’ordre spirituel (…) mystique » (p. 72-73).


Dans ma compréhension, la citation de Nietzsche est une tentative de concilier ces deux voies. Pour que naisse l’étoile qui danse, symbolique de l’accomplissement et de la réalisation de l’homme créateur de sa vie, il « faut encore avoir du chaos en soi » : un abîme permanent et insondable où cohabitent nos ombres et nos lumières, nos contradictions, nos désirs et nos peurs, nos doutes et nos certitudes, notre enfer et notre paradis.
 
Or, ce chaos, ce magma dynamique, changeant, en grande partie mystérieux et difficilement maîtrisable est porteur de fruits car, pour le dire avec les mots de Jacqueline Kelen (La Puissance du cœur, Paris, La Table Ronde, 2009, p. 87) « plus l’être humain va vers l’intérieur, vers la nuit des profondeurs, et se baigne dans le silence, et plus le paysage s’ouvre et s’éclaire, plus le ciel s’étoile ».
 
Tout acte de création – que cela soit d’un texte, d’un tableau et, à plus forte raison, de sa propre vie – résulte donc d’un double mouvement : vers l’extérieur et vers l’intérieur.

Si, dans la première logique, propre au développement personnel, nous sommes susceptibles d’être les auteurs de notre vie en définissant les tenants et aboutissants de notre projet de vie, la deuxième approche invite à l’humilité : à la fois notre inconscient – notre chaos intérieur – et certaines contraintes inhérentes à notre réalité et à la vie dans sa compréhension la plus vaste limitent le pouvoir des acteurs que nous sommes et conditionnent le rythme de notre « chantier » ainsi que celui de l’ « avancée des travaux ».
 
Et que faire alors lorsque la situation semble bloquée et cela malgré toute notre bonne volonté et le travail que nous pouvons faire pour nous « étoiler », pour exprimer et (faire) couvrir nos besoins et  pour vivre en bonne intelligence avec notre « chaos » intérieur ?

 
Il s’agit alors de se rappeler que le sens de la vie ne réside pas uniquement dans la direction que nous voulons lui donner et dans les projets que nous nous efforçons de réaliser, mais que, humblement, les graines des fruits à venir se plantent dans l’ici et maintenant.
 
Car, comme le dit si bien Christiane Singer (Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? Paris : Gallimard, 2001, p.45), « chaque geste que tu fais peut t'ouvrir ou te fermer une porte (…) À chaque instant la porte peut s'ouvrir sur ton destin et par les yeux de n'importe quel mendiant, il peut se faire que le ciel te regarde. L'instant où tu t'es détourné, lassé, aurait pu être celui de ton salut. Tu ne sais jamais. Chaque geste peut déplacer une étoile.  Cette certitude que tout, aussi minime en apparence et à chaque instant, puisse être relié à la face cachée du monde, transforme radicalement la vie. Le brouillard de l'insignifiance est levé. »
 
En écrivant ces lignes, mes pensées vont à toutes les personnes que j’ai accompagné et que j’accompagne au quotidien, que cela soit à titre professionnel ou privé.
 
Et elles vont aujourd’hui principalement à Sophie Henry, magnétiseuse à Nyon, à qui la vie a offert des dons thérapeutiques qui lui ont permis d’accompagner avec amour, joie, humilité, humanité et générosité un grand nombre de personnes souffrant dans leur âme et dans leurs corps. En ce qui me concerne, elle m’a permis d’y voir clair dans mon « chaos » et de rester en lien avec mes « étoiles » en toute humilité. Ma dernière visite dans son cabinet remonte au jeudi 10 décembre dernier : mon dos était bloqué, j’étais coupé en deux et Sophie m’a rendu attentif, avec bienveillance, que je voulais à nouveau « aller plus vite que la musique » et contrôler….l’incontrôlable.
 
La vie donne et reprend : Sophie nous a quitté suite à une rupture d’anévrisme, le dimanche 13 décembre 2015, alors que probablement plusieurs projets, plusieurs étoiles s’apprêtaient à danser dans le ciel de sa vie. Malgré la tristesse et le chagrin que je ressens à la pensée de ce départ précipité et de tout ce que Sophie aurait encore pu accomplir, il y a en moi un sentiment de joie lié à une certitude : même si elle n’est plus physiquement parmi nous, son âme et son énergie se sont élevées, se sont « étoilées » et, de là où elle est pour l’éternité, elle continue à prendre soin de tous ceux qu’elle aime.
 
À vous toutes et tous, je vous souhaite de tout cœur de très belles fêtes de Noël et une année 2016 qui vous permettra de vous « étoiler » et de vous accomplir tout en développant la capacité de vous émerveiller devant chaque petit détail, les yeux pleins d’ « étoiles ».

 PS Et, à nouveau, un grand merci à Félix, mon fils, pour ses superbes photos de ciels étoilés (plus sur https://www.flickr.com/photos/[email protected]/)
 

2 commentaires pour S'étoiler : être auteur ou acteur de sa vie ? :

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Manley on Freitag, 17. November 2017 22:33
Thanks designed for ѕһaring such a pleasant thought, piece of writing is pleasаnt, thats why i have read it fully
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Manley on Freitag, 17. November 2017 22:33
Thanks designed for ѕһaring such a pleasant thought, piece of writing is pleasаnt, thats why i have read it fully
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