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Être seul ensemble

Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer durant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. Être seul comme l’enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elles font.
(Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, Paris : Grasset, 1937, p. 61)

L’équilibre réside dans le fait d’être seul en étant accompagné et accompagné en étant seul
(Guy Corneau)

Comme j’ai pu l’expliquer dans certains de mes textes précédents, j’ai pris l’habitude, depuis 2009, de me retirer du monde lors de mini-retraites mensuelles et à l’occasion d’une parenthèse annuelle de 4 à 6 jours. Cette année, la vie m’a invité à me rendre à l’ermitage de Pierre Pradervand à la Bréona, au dessus de la Forclaz en Valais (Pour plus d’informations : http://www.vivreautrement.ch/ateliers/prochains-ateliers/evenement/6-ermitage-ermitage-d-ete-de-breona-val-d-herens).

Pierre y accueille depuis plusieurs années des personnes venant des quatre coins du monde afin de leur permettre de re-découvrir la plus grande richesse qu’elles puissent posséder : les (res)sources qu’elles ont en elles-mêmes. Des moments communs de méditation, de partage autour de lectures, de films, de repas – préparés principalement par l’hôte et/ou par des participants désireux de le faire, en l’occurrence Manuela lors de mon séjour – alternent avec de nombreuses plages pendant lesquelles chacune et chacun savoure la vie de la manière qui lui convient le mieux : lecture, discussions, écriture, ballades, sieste, jeux,…

Le chalet « Le silence qui chante » peut héberger jusqu’à quatorze personnes, logées principalement dans un dortoir ou dans deux chambres, et se situe dans un cadre on ne peut plus idyllique : les Mayens de la Bréona, dans le Val d’Hérens. Depuis ce lieu, on distingue le glacier de Ferpècle, la Dent Blanche et, au fond de la vallée, la rivière de la Borgne qui accueille avec bonheur l’eau des nombreux torrents qui sillonnent les pentes boisées ou herbeuses des montagnes.

Arrivé à destination, sac à dos comme souvent trop chargé sur les épaules et après deux heures de marche depuis les Haudères, j’ai eu l’impression de me retrouver aux origines de la terre : mis à part les quelques mayens et la présence lointaine d’une petite route ainsi que d’un pont situés au fin fond de la vallée, la nature est vierge de toute trace de civilisation. La myriade de fleurs et de plantes forme, tel un tableau pointilliste, un ensemble à la fois disparate et cohérent ; le chant intermittent des oiseaux ainsi que le grondement continu du torrent adjacent au chalet interprètent une partition qui semble avoir été composée non pas pour mais par eux.

Aux dires de Pierre, son chalet – dont la genèse relève du conte de fée – est situé sur un des points d’acupuncture de la planète, au croisement de champs magnétiques dont l’énergie influence les vibrations des personnes qui y séjournent. Il y a encore quelques années, j’aurai souri avec une certaine condescendance à ce qui n’étaient alors pour moi que des théories fumeuses. Aujourd’hui, fort de mon expérience et de mon vécu, je ne peux que confirmer ces propos : tout est énergie et l’être humain, véritable « poussière d’étoiles » (Hubert Reeves) n’est qu’une parcelle ou particule d’un ensemble qui le dépasse et le contient.

C’est donc dans cet environnement propice au ressourcement physique, psychique et spirituel que je me suis retrouvé…non sans quelques craintes, je l’avoue. En effet, l’objectif principal de mes retraites est de m’exercer à l’art du « solitaire solidaire », dans une solitude choisie destinée à accorder mon « violon intérieur » pour que celui-ci puisse à nouveau jouer de manière claire et distincte dans l’orchestre des interactions « mondaines ». Une discipline qui vise également à me protéger de moi-même, notamment de ma tendance à être (hyper)disponible, à l’écoute, serviable, accueillant….et d’oublier mes besoins et mes désirs au bord du chemin.

Or, même si la « formule » proposée par Pierre Pradervand porte le nom d’ « ermitage » et que le silence est, en principe, de rigueur, j’ai très rapidement fait le constat que ce besoin de solitude ne pourrait être couvert, du moins pas de la manière dont je l’imaginais. Rien qu’à l’idée de devoir partager un espace restreint – vu d’en haut, le mayen ne semble guère plus grand qu’un mouchoir de poche – avec un peu plus de dix personnes me semblait un défi insurmontable.

Et ce ne sont ni les conditions météorologiques d’un mois de juillet à la pluviométrie record, ni la hauteur – pour moi lilliputienne – des poutres de la maison ainsi que du toit du dortoir et encore moins l’absence provisoire d’électricité qui allaient m’aider à calmer le cortège des angoisses de mon enfant intérieur – claustrophobie, hypocondrie, timidité, peur du manque – sans parler de mes autres ombres.


Pourtant, j’y suis resté et avec beaucoup de bonheur. L’accueil chaleureux de toutes les personnes présentes ainsi que l’extraordinaire disponibilité et générosité de Pierre m’ont aidé à dépasser mes propres obstacles et à me libérer de ce qui aurait pu devenir ma propre prison. Je me suis réellement senti accompagné. Notre hôte m’a d’ailleurs très rapidement proposé de préciser mes attentes et mes besoins vis-à-vis du groupe. J’ai été le plus honnête possible et j’ai pu constater, tout au long du séjour, à quel point mes propos avaient été entendus et accueillis avec bienveillance et non-jugement par tous.

C’est ainsi que, « malgré » le groupe, j’ai pu habiter des moments de réelle solitude. Des espaces-temps que j’ai vécus comme une véritable consolation. Au sens propre du terme « consoler » veut en effet dire « être seul avec » et c’est cette couleur qui dépeint le mieux ce que j’ai ressenti : un accompagnement par le groupe de mon besoin de solitude dans le respect d’une distance ni trop proche ni trop lointaine – une « distance sacrée » dirait Bobin – , dans un esprit à la fois de différenciation – en références aux différences existantes entre chaque personne – et de « sourde fraternité » (G. Haldas) constituée de tout ce que nous avons en commun : les émotions, les espoirs, les rêves et les désirs.

Comme dans toute étape propre au changement intérieur, il est sans doute trop tôt pour dire ce qui a « bougé » en moi et en quoi ces (presque) 4 jours ont participé à ma transformation : tel le petit Poucet, mon corps, mon esprit et mon âme sèmeront leurs cailloux de sens tout au long du chemin à venir.

Une chose est sûre cependant depuis mon retour en plaine et au monde : mon besoin, déjà bien présent avant mais dont j’ai encore plus pris conscience, de prendre les personnes que j’aime dans mes bras et de les serrer contre moi (pas trop fort, quand-même). Une manière simple, vraie, silencieuse, profonde, énergisante et ressourçante d’être « seul ensemble », de partager deux solitudes sans qu’elles fassent nécessairement « un » mais se relient en elles-mêmes, à elles-mêmes et à l’Autre.

Un merci du fond du cœur à Pierre et à toutes les personnes présentes entre le 28 et le 31 juillet 2014 : elles se reconnaîtront.



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