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Le texte du corps, le corps du texte

« Der Körper ist der Handschuh der Seele » (Annelie Keil)
 
« Le paradis, c'est peut-être d'être sans défense sans se sentir menacé : l’écriture permet cela » (Christian Bobin)
 
La lecture toute récente du livre de Laurence Tardieu, L’écriture et la vie, (Editions Des Busclats, 2013) ainsi que la magie du lieu où je me trouve pour ma « mini-retraite » mensuelle – la Maison des Anges : à découvrir de toute urgence ! – m’encouragent à me pencher sur deux compagnons de route indispensables depuis 2008 : mon corps et l’écriture.
 
La relation que j’entretiens à mon corps a toujours été ambiguë. D’une part, je lui porte une certaine attention par un minimum d’exercice physique, des soins réguliers et un choix vestimentaire susceptible de le mettre discrètement en valeur. De l’autre, pourtant, je n’ai jamais été tendre avec lui et porte parfois encore aujourd’hui un regard jugeant et critique sur mon enveloppe charnelle.
 
Mon manque de bienveillance vis-à-vis de ce que St François d’Assise appelait son « frère âne » – à qui le saint homme demande d’ailleurs pardon à la fin de sa vie pour l’avoir tant maltraité – m’a sans aucun doute conduit à l’épuisement : non content de concilier une vie professionnelle trépidante et une vie privée « normale » (marié, deux enfants…et tout ce qui va avec), je m’astreignais à 3-4 heures hebdomadaires de fitness…le matin entre 7h et 8h. Pure folie, quand j’y repense aujourd’hui. Un choix qui, à l’époque, me semblait pourtant logique et censé, ancien sportif de compétition que j’étais. Ou plutôt que je m’illusionnais d’être encore.
 
Ainsi ignoré et violenté, mon corps a implosé : mon système nerveux a tout simplement mis un terme à ma course effrénée. Et ne m’a ensuite plus lâché : vertiges, jambes et bras insensibles, tachycardies, maux de ventre inexpliqués (Les médecins consultés me disaient tous : « Vous allez très bien, Monsieur Mack, vous êtes juste malade ») sans parler des crises de calcul rénaux et biliaires ainsi que des mots de dos omniprésents. Même si aujourd’hui, plus de six ans après mon burn-out, les symptômes neurologiques et/ou psychosomatiques ont soit disparus ou sont moins insistants, mon corps reste un précieux allié.
 
À en croire plusieurs auteurs, « notre corps aime la vérité » (David Servan-Schreiber) et « notre corps ne ment jamais » (Alice Miller). Emportés par le courant, les rapides et les cascades de notre vie temporelle, nous sommes souvent coupés de nous-mêmes, incapables de considérer que notre corps et notre âme ne font qu’un, ignorant avec superbe et inconscience les signaux pourtant palpables que notre « gant de l’âme » nous envoie. Même la sagesse populaire nous rappelle sans cesse l’évidence : ce n’est pas pour rien que l’on en a « plein le dos », qu’une situation ou une personne nous « casse les pieds », qu’on « se prend la tête », qu’on a « le cœur gros »…quand on a pas carrément « la peur au ventre » même quand on a « les reins solides ».
 
Notre corps nous parle en effet sans arrêt. Il nous renvoie une vérité, notre vérité. Et, plus nous nous mentons et plus nous faisons la « sourde oreille », plus il se fait entendre. Jusqu’au jour où, de guerre lasse, il prend le dessus et nous sommes de nous arrêter. En utilisant un langage parfois définitif.
 
En ce qui me concerne, le choc et le traumatisme suite à mon burn-out ont été si importants que, dans les premiers temps du moins, je frisais l’hypocondrie : à chaque début de douleur, j’angoissais et craignais la rechute. Si cette peur s’est aujourd’hui apaisée, je consulte très souvent Le grand dictionnaire des malaises et des maladies de Jacques Martel afin, d’une part, de faire des hypothèses sur les origines des douleurs qui m’empêchent de vivre sereinement et, d’autre part, introduire les modifications nécessaires dans ma vie ­– changements de comportements ou d’attitudes, voire de situations – et réguler ce qui est en mon pouvoir. Mon corps est donc un coach de vie au quotidien : il est un miroir de mes états d’âme et, de par son langage indirect nécessitant un décodage, il m’oblige à me questionner sans cesse sur mes choix, à rester à son écoute avec bienveillance et patience. Sans pourtant tomber dans la crispation : un rhume n’est parfois…qu’un simple rhume.
 
Si le corps me signale à sa manière que je cours le risque de quitter mon chemin de vie, l’écriture, elle, représente à la fois une médecine préventive et curative sur ce même tracé. Grâce à l’acte d’écrire, que cela soit quasi quotidiennement dans mon journal de vie ou une fois par mois pour mon blog, je me sens unifié : écrire me fait vibrer intégralement, sollicitant à la fois mon corps, mon âme et mon esprit.

L’écriture me libère et me pacifie, me réconcilie avec mes blessures. Car elle me permet d’en prendre soin.
 
Quand je pose ma plume sur les pages vierges de mon carnet ou mes doigts sur le clavier de mon ordinateur, je suis dans une autre dimension : l’espace-temps habituel s’efface pour laisser place à un monde où tout me semble possible, où je me sens libre, sans entraves. À la fois dans une grande verticalité, relié à moi-même, et une horizontalité ouverte, reliée aux autres et au monde qui m’entoure. Où je parle de moi, de mon vécu, des mes émotions, de mes erreurs, de ma vulnérabilité, des mes apprentissages, des beautés et des horreurs, des états de grâce et des petits enfers en moi et à l’extérieur de moi. Sans pour autant, je l’espère du fond du cœur, tomber dans l’auto-contemplation narcissique : chaque mot, chaque phrase aimerait être à la fois porteuse de vérité – non pas LA vérité mais ma vérité du moment, amenée à se déplacer – et porteuse de sens pour la ou les personnes qui me lisent. Car, en parlant de moi, je mets des mots sur les maux des autres.
 
Car il s’agit bien, pour le corps comme pour l’écriture, d’être vrais. De ne pas ou de ne plus tricher. D’assumer ses forces et ses limites. De ne pas vouloir être beaux pour être aimés mais être au plus près de son âme, quitte à déplaire parfois. Le texte du corps écrit cette vérité avec son langage dans sa propre chair et l’écriture nous permet de donner corps non seulement au texte, mais, à travers lui, à ce qui se trouve tout au fond de nous, ce « magma dans lequel puise tout écrivain (…) et qui permet le jaillissement de l’écriture » (Laurence Tardieu, p. 86), une matière instable et dynamique faite de lumière et d’ombres, de fleurs et de boue, de certitudes et de doutes.
 
Le corps comme l’écriture nous font sentir vivants. Or vivre est une prise de risques permanente. L’écoute de notre corps et le pari de l’écriture ne sont donc pas sans dangers. Mus par leur amour de la vérité, ils nous invitent tous deux à mettre le doigt « là ou ça fait mal » – au propre comme au figuré. Et, de plus, le langage corporel et écrit, si on en a le courage, nous initient à une quête sans fin : celle du sens de la vie et de notre vie. Une recherche dont l’amour ne devrait pas être absent. Que seraient en effet le texte du corps – ce langage d’autant plus complexe à déchiffrer qu’on a peur de le comprendre – et le corps du texte sans bienveillance et non jugement ?  N’oublions pas que nous sommes souvent nos propres ennemis et que tout outil dépend de l’intention que nous mettons dans son utilisation. Et que, sans amour, tant le corps et l’écriture peuvent se retourner contre nous. 



Toutes les photographies utilisées pour illustrer ce texte sont de Anne Deniau et tirées de la page internet http://lemotetlachose.blog.lemonde.fr/2013/08/21/a-la-rencontre-danne-deniau-image-mover/

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