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Être ou ne pas être : et si ce n’était pas la bonne question ?


À l’interrogation: « Que faites-vous aujourd’hui ? », Paul Valéry répondait volontiers « Je réinvente ma vie »
 
« La vie est insupportable, mais le pire c’est qu’elle s’arrête » (Woody Allen)
 
En me promenant au bord du lac ce matin, le besoin de parler de ma relation à la mort m’est apparu comme une évidence, un élan de vie. Mais comment aborder ce sujet délicat voir tabou sans tomber dans le pathos ou la mièvrerie ? Mon mental s’est alors mis en route et a failli faire capoter le projet. Je me suis alors souvenu de cette très belle phrase de François Cheng dans ses Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie (Albin Michel, 2013, p. 48) :
 
« De fait nous n’obtiendrons pas la Vérité, qui ne peut se posséder, mais ce qui nous importe avant tout, c’est d’être vrais : lorsqu’on est vrai, au moins a-t-on une chance non pas d’avoir la Vérité, mais d’être dans la Vérité »
 
J’essayerai donc, le moins maladroitement possible, d’être vrai.
 
Pendant près d’une année, entre 2007 et 2008, la qualité de mes nuits s’est progressivement détériorée : réveils nocturnes, incapacité de pacifier mon mental si ce n’est en me levant et en me mettant à mon bureau pour travailler. Mes errances nocturnes étaient également hantées par des rêves ou plutôt des cauchemars : je voyais et revoyais des personnes proches passer de vie à trépas. Je sais aujourd’hui que ces visions étaient annonciatrices d’une mort symbolique et marquaient le début d’une étape de transition de vie. Mais, à l’époque, le seul souvenir de ces nuits me terrorisait.
 
De janvier à décembre 2008, la mort ne me préoccupait plus uniquement pendant le sommeil, mais également en pleine journée : crises de panique, spasmes dont les signaux ressemblaient à ceux d’une crise cardiaque, vertiges à la limite de la perte de conscience. Je ne savais jamais, lorsque je sortais de la maison, si j’allais revenir vivant ou pas et gardait toujours mon téléphone portable sur moi, au cas où…
 
Dès janvier 2009 et pendant près de trois ans, la peur de mourir laissa progressivement la place à la tentation, parfois extrême, d’en finir avec la vie. Et de me jeter dans les bras de cette mort que je craignais à un tel point que ma suractivité professionnelle représentait sans doute une tentative désespérée d’anesthésier cette peur. Tel le Werther de Goethe, je ne voyais plus le sens de mon pèlerinage ici-bas et pensait paradoxalement que mourir serait une manière de mieux vivre : je n’arrivais pas à faire le deuil de celui que j’avais été et m’accrochais désespérément à ce passé que je savais cependant devoir quitter pour mieux renaître.
 
Dans un de ses ouvrages, Christiane Singer demande au lecteur pourquoi il devrait avoir peur de la mort, puisqu’elle est là, sous ses pieds. Je peux le confirmer : à plusieurs reprises, j’ai senti le sol se dérober, comme si un énorme trou s’ouvrait dans le sol, et je m’accrochai alors à…une brosse à dents quand je me trouvais à la salle de bain ou à un caddy dans un centre commercial. Autant dire que cette présence était continue et m’accompagnait au quotidien.
 
Je n’arrive aujourd’hui pas à identifier à partir de quand ce compagnonnage, au début terrifiant, a changé de couleur et de nature, pour devenir un atout, une force de vie. Probablement que les deux énergies ont cohabités et que, peu à peu, j’ai apprivoisé la mort pour en faire une précieuse alliée que je consulte très souvent et qui me sert de miroir critique.

Frédéric Lenoir, dans son Petit traité de vie intérieure (Plon, 2010, p. 165-166) exprime à sa manière cette art de vivre :
 
« Le sage est celui qui s'est préparé à la mort. J'attends par "préparation" le fait d'agir tout au long de sa vie de telle sorte que lorsqu'advient le moment de notre mort, nous pouvons nous en aller sans regrets, avec le sentiment d'avoir accompli cette vie le mieux possible, d'avoir "bien vécu", c'est-à-dire d'avoir mené une existence juste, droite, bonne ; d'avoir été, autant que possible, dans le vrai. Car il est terrible de mourir avec le regret d'avoir gâché sa vie. Chaque matin, je me prépare à ma mort, mais à la manière de Spinoza, pour qui « l'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation, non de la mort, mais de la vie ».
 
Selon Montaigne, « philosopher c’est apprendre à mourir ». Si, pour l’Occident, la mort est opposée à la vie, la philosophie orientale lui oppose la naissance : naître et mourir sont en effet les deux moments-clés de la vie. Et, à en croire les témoignages que relate Stéphane Allix dans La mort n’est pas une terre étrangère (Albin Michel, 2011, 2 édition), seul notre corps meurt réellement, la vie commençant bien avant la naissance et continuant après la mort.
 
Concrètement, accepter la présence de la mort au quotidien revient à faire des choix, à s’inscrire dans une logique non de survie mais de vie, à être acteur de son existence plus que d’y assister tel un spectateur subissant parfois un programme dépourvu de sens. C’est faire preuve de l’inventivité dont parle Paul Valéry en exergue et cela à deux niveaux : dans l’agir et le non-agir.
 
L’agir en regard de l’inéluctable échéance revient, pour moi, à dire « non », tant que faire se peut, à tout ce qui ne nourrit pas mon âme, à tout ce qui me fait perdre mon temps et, donc, ma vie. Et de dessiner mes journées en utilisant des couleurs, des traits et des matériaux qui font sens pour moi. Cela m’oblige à rester à l’écoute de mon corps, de mes émotions et de mes besoins. Et de dialoguer avec mon intuition, cette voix de l’âme qui me rappelle à mes priorités. Sans pour autant oublier la raison : si l’âme nous relie à l’intime, l’esprit contribue à relier l’individu au monde. Comme le dit si bien François Cheng : « l’esprit se meut, l’âme s’émeut ; l’esprit raisonne, l’âme résonne » (« Âme », dans la revue Europe, n°1000, 2012).
 
Dans un monde occidental vivant dans la surabondance de biens et s’enlisant dans une période historique que l’on pourrait qualifier d ‘ « âge du faire », je soigne ce que j’appelle l’ « audace du peu », rejoignant en cela la proposition de « sobriété heureuse » chère à Pierre Rabhi ainsi que la devise de Cervantès, « je désire beaucoup et me contente de peu » : je tente de me concentrer sur l’essentiel et de n’être « excellent qu’à 70% » (Catherine Vasey), en gardant à l’esprit la finalité de l’activité dans laquelle je m’investis afin de me désencombrer du superflu. Ce choix ne me permet pas seulement de préserver au quotidien des oasis de paix, d’intériorité et de méditation, mais également d’agir avec une certaine lenteur, avec minutie (ou l’art de vivre pleinement la minute présente) et en étant le plus possible accordé, en résonnance avec mon être profond et mes « étoiles » ainsi qu’avec le monde qui m’entoure.
 
Si l’agir oriente mes choix et donne une direction à ma vie, le non-agir, lui, se situe dans la signification que je lui donne. L’action du peintre résulte en une manifestation visible, mais c’est la profondeur et l’intention de l’artiste qui donne réellement vie au tableau. Mes choix ne sont donc vivants que si je les habite avec conscience, avec amour et avec « joui-sens » (François Cheng) : mon esprit, mon âme et mon corps s’impliquent et, dans les moments de grâce, vibrent à l’unisson.
 
Alors, « l'absolu est dans le relatif, l'extraordinaire dans l'ordinaire » (Lytta Basset, Aimer sans dévorer, Albin Michel, 2010, p. 229) : une flamme de bougie devient soleil et chaleur, un sourire d’enfant illumine toute une journée pluvieuse, un vol de cygne vous donne des ailes et un bourgeon fait monter en vous une irrésistible envie de faire l’amour.

Car, en effet, « la mort invite à un effort pour sortir au moins de notre condition ordinaire et cet effort à un nom : la passion » (François Cheng, Cinq méditations sur la mort, p. 59), un amour pour la vie qui passe par la nécessité de s’abandonner, de faire confiance à cette existence dont on sait qu’elle nous conduira avec certitude vers son terme, biologique du moins.
 
Se préparer consciemment à mourir c’est aussi dire « oui » à la vie, quoiqu’elle nous réserve, une affirmation pleine de gratitude : une fois que l’on a accepté son immortalité comme étant une opportunité et non une fatalité, force est de constater que la vie se présente à nous sous les attraits d’un cadeau que l’ « on devrait tout le temps vivre en état de miracle » (Georges Haldas, L’échec fertile. Paroles d’Aube, p. 30).
 
Après l’avoir fuie puis désirée, la mort est donc devenue aujourd’hui une fidèle compagne, un « coach de vie » qui me questionne, m’interroge, me renvoie à ma vérité tout en débusquant le moindre mensonge. Elle m’invite à la fois à me dépasser en me rappelant les rêves que je n’ai pas encore vécus et, en même temps, m’encourage à rester humble : le fait de pouvoir réinventer ma vie jour après jour afin de lui donner un sens ne doit en effet pas me faire oublier que je ne maîtrise pas ma vie, que je ne suis qu’une porte, un passeur au service d’une énergie et d’un mystère qui à la fois me dépassent et légitiment mon existence.
 
« Être ou ne pas être » ….Et si la fameuse question que pose Hamlet dans le drame éponyme de Shakespeare n’était pas plutôt « être et ne pas être » ? Pour que nous soyons pleinement, pour réinventer cette vie qui, comme le dit Woody Allen, est parfois insupportable, ne faut-il pas passer par l’acceptation de notre propre finitude, quand nous ne serons plus ? J’invite chacun et chacune à s’interroger….et à créer sa vie en fonction de ses propres réponses.
 
 
 

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